Un avant et un après.





Au moment de pénétrer dans la pleine lumière de l'été, au moment de tomber les masques et de danser encore, comme disait la chanson, au moment de s'élancer dans le monde et de laisser éclater la joie, je prends un instant pour me retourner :


Que venons-nous de vivre ? Quelle traversée venons-nous d'effectuer ?


Je sens parfois que nous aimerions oublier. Vite. Nous ruer dans le monde comme on se jette dans le vide, en fermant les yeux, tellement nous avons hâte. Tellement nous avons soif. Soif de rencontres, de contacts, de voyages. Soif de liberté. Coûte que coûte. Comme à la sortie d'un mauvais rêve que nous voudrions effacer à jamais de notre mémoire. Comme si rien ne s'était passé.

Prétendre être revenus "comme avant".

Un avant sans après.


Pourtant nous n'avons pas rêvé.

Pourtant nous avons traversé. Et cette traversée nous a ébranlé. Imperceptiblement ou puissamment, elle a insufflé du mouvement dans nos vies bien réglées.


N'en doutons pas, nous ne sommes plus tout à fait les mêmes !

Sous la contrainte, nous avons dû ralentir, parfois nous immobiliser complètement.

Sortir de notre confort.

Rester à la maison.

Demeurer dans le foyer de notre être.

Regarder la solitude dans les yeux.

Rencontrer nos limites.

Eprouver l'impuissance.

Approcher l'insensé.

Vaciller.


Toucher à la quintessence, parfois insupportable, parfois sublime, de notre vie sans fards.

Privés de nos distractions chéries, nous avons voyagé. Autrement.

Et approché l'Essentiel.

Ne serait-ce que l'espace d'une seconde, nous L'avons effleuré.

Suffisamment pour qu'Il dépose en nous l'étincelle d'un changement. Un précieux frémissement.

Une lueur de vie dans nos yeux. Un élan pur dans notre cœur. Une direction insoupçonnée dans nos pieds.


Il y a un avant et un après.


Prendre le temps de l'intégration.

Prendre le temps de l'après.

Prendre le temps de réaliser en quoi nous avons changé, en quoi nous ne sommes plus "comme avant".


Au moment de retourner dans le monde, pouvons-nous honorer le trésor de notre traversée ?


Comme une invitation à ne pas forcer les choses. A ne pas se précipiter.

Garder la saveur du ralentissement, le goût de l'intériorité tout en s'élançant.

Garder le parfum de l'essentiel tout en s'envolant.


Puis se laisser pleinement advenir.


Yannick Laval


Posts Récents